📌 En bref
La sinusite sphénoïdale touche les sinus les plus profonds du crâne. Contrairement aux autres sinusites, elle provoque une céphalée occipitale ou au vertex (sommet du crâne) — pas de douleur faciale typique. Rare (3 % des sinusites), elle peut passer inaperçue longtemps. Le lavage de nez au sérum physiologique reste l’adjuvant de choix pour drainer les sécrétions.
Qu’est-ce que le sinus sphénoïde ?
Le sinus sphénoïde est une cavité creusée dans l’os sphénoïde, à la base du crâne, juste derrière les cavités ethmoïdales. C’est le sinus le plus profond du massif facial — inaccessible à l’examen clinique direct, entouré de structures neurologiques et vasculaires critiques (nerf optique, artère carotide interne, sinus caverneux).
Sa position explique deux particularités : les symptômes de sa sinusite sont atypiques et trompeurs, et ses complications peuvent être graves. Les deux sinus sphénoïdaux sont séparés par un fin septum et se drainent chacun vers le récessus sphéno-ethmoïdal, dans la cavité nasale haute.

Symptômes de la sinusite sphénoïdale
Le tableau clinique diffère notablement des autres sinusites. L’absence de douleur faciale typique retarde souvent le diagnostic de plusieurs semaines. Voici les signes caractéristiques :
- Céphalée centrale, occipitale ou au vertex — profonde, persistante, aggravée par la position couchée ou le matin au réveil
- Douleur rétro-orbitaire — sensation de pression derrière les yeux ou au niveau du front
- Écoulement nasal postérieur — jetage postérieur, souvent visqueux ou purulent
- Rhinorrhée persistante — même en dehors d’un rhume évident
- Fièvre — modérée, inconstante dans les formes virales
- Baisse de l’odorat (hyposmie) — liée à l’inflammation haute des fosses nasales
⚠️ Signes d’alarme — consulter en urgence
Fièvre élevée + céphalée brutale au « coup de tonnerre » · troubles visuels · diplopie (vision double) · paralysie oculomotrice · raideur de nuque · altération de la conscience → appeler le 15 ou aller aux urgences immédiatement. Ces signes peuvent indiquer une méningite, un abcès intracrânien ou une thrombose du sinus caverneux.
Causes et facteurs favorisants
Comme pour les sinusites maxillaires et frontales, la sinusite sphénoïdale est dans la grande majorité des cas d’origine virale (rhinovirus, virus influenza). Elle fait suite à une rhinite, un rhume mal résolu, ou une rhinopharyngite prolongée.
Les formes bactériennes secondaires (Streptococcus pneumoniae, Haemophilus influenzae, Staphylococcus aureus) représentent environ 15 à 20 % des cas et justifient une antibiothérapie. Plus rarement, une forme fongique peut survenir chez les immunodéprimés (aspergillose sphénoïdale) — c’est une urgence chirurgicale.
Les facteurs favorisants classiques incluent : déviation de cloison nasale, polypes naso-sinusiens, allergie respiratoire non traitée, tabagisme, plongée sous-marine (barotraumatisme), infection dentaire (rare pour le sphénoïde).
Comment se fait le diagnostic ?
Le diagnostic clinique seul est insuffisant pour la sinusite sphénoïdale. L’examen ORL avec rhinoscopie postérieure peut montrer un écoulement purulent au niveau du récessus sphéno-ethmoïdal — mais sa localisation profonde le rend difficile à visualiser.
Le bilan de référence repose sur l’imagerie :

- Scanner des sinus (TDM) — examen de référence ORL, rapide, montre l’opacification du sinus sphénoïde, les destructions osseuses éventuelles
- IRM cérébrale — préférée en cas de suspicion de complication endocrânienne (méningite, thrombose), visualise mieux les parties molles
La radiologie standard (radio des sinus) n’est plus recommandée pour le diagnostic des sinusites (HAS 2021) : peu sensible, irradiante, et insuffisante pour le sphénoïde.
Traitement de la sinusite sphénoïdale
Le traitement dépend de l’étiologie (virale vs bactérienne) et de la sévérité.
Formes virales (majorité des cas)
Comme pour la sinusite en général, les antibiotiques sont inutiles et déconseillés dans les formes virales. Le traitement est symptomatique :
- Antalgiques/antipyrétiques — paracétamol 1 g × 3/j (ibuprofène à discuter avec médecin)
- Lavage nasal au sérum physiologique isotonique — irrigations nasales hautes 2-3×/j pour drainer le sinus sphénoïde via le récessus sphéno-ethmoïdal (évidence HAS, Cochrane 2018)
- Corticoïdes nasaux locaux (mométasone, fluticasone) — réduisent l’œdème de l’ostium de drainage, facilitent la guérison
- Décongestionants nasaux — à utiliser avec prudence, 3 jours maximum (risque d’effet rebond)
💡 Astuce lavage nasal pour sinusite sphénoïdale
Penchez la tête vers l’arrière de 45° pendant l’irrigation — la solution remonte vers le récessus sphéno-ethmoïdal et atteint mieux le sinus profond. Un flacon pressurisé haute pression (Physiomer, Stérimar) est plus efficace qu’une pipette pour cette localisation.
Formes bactériennes
En cas de sinusite sphénoïdale bactérienne confirmée (fièvre >38,5°C persistante, sécrétions purulentes, pas d’amélioration sous traitement symptomatique à 72h), une antibiothérapie prolongée est indiquée :
- Amoxicilline-acide clavulanique (Augmentin) en 1re intention — durée 3 à 6 semaines selon la sévérité
- Fluoroquinolones (lévofloxacine) en 2e intention ou allergie aux pénicillines
La durée longue de traitement (contrairement aux sinusites maxillaires traitées 5-7 jours) s’explique par la pauvreté de la vascularisation du sinus sphénoïde et la difficulté d’atteindre des concentrations antibiotiques suffisantes dans les tissus profonds.
Formes sévères ou compliquées
En cas de complication (abcès, méningite, thrombose du sinus caverneux), la prise en charge est hospitalière en urgence : antibiothérapie intraveineuse, chirurgie endoscopique (sphénoïdotomie) pour drainage, parfois neurochirurgie associée.
Rôle du lavage de nez — ce que dit la science
Le lavage de nez au sérum physiologique est l’un des rares gestes non médicamenteux avec des preuves solides dans les sinusites. La revue Cochrane (Head et al., 2018, 12 essais, 1 298 patients) montre une amélioration significative des symptômes et une réduction de la durée des sinusites avec les irrigations salines quotidiennes.
Pour la sinusite sphénoïdale spécifiquement, les irrigations nasales hautes (flacon pressurisé ou lavage nasal en position inclinée) permettent d’atteindre le récessus sphéno-ethmoïdal et de fluidifier les sécrétions bloquées à l’ostium de drainage du sinus sphénoïde.
📚 Pour aller plus loin
- Guide complet sinusite — toutes les formes, symptômes et traitements
- Sinusite maxillaire — la plus fréquente (douleur sous les yeux)
- Sinusite éthmoïdale — douleur nasale haute, plus fréquente chez l’enfant
- Lavage de nez adulte — technique, fréquence, matériel recommandé
Questions fréquentes sur la sinusite sphénoïdale
La sinusite sphénoïdale est-elle dangereuse ?
Elle peut l’être si elle n’est pas traitée. Ses complications — méningite, abcès intracrânien, thrombose du sinus caverneux — sont rares mais sérieuses. Un diagnostic précoce par scanner ou IRM et un traitement adapté évitent ces complications dans la quasi-totalité des cas.
Comment distinguer une sinusite sphénoïdale d’une migraine ?
La céphalée de sinusite sphénoïdale est typiquement localisée en occipital (derrière la tête) ou au vertex, aggravée à l’effort et au décubitus (position allongée), souvent accompagnée d’écoulement nasal et de fièvre. La migraine est pulsatile, souvent unilatérale, avec photophobie et nausées. En cas de doute, un scanner des sinus permet de trancher.
Faut-il des antibiotiques pour une sinusite sphénoïdale ?
Pas systématiquement. Dans 80 % des cas, la cause est virale et les antibiotiques sont inefficaces. Ils sont indiqués uniquement si la sinusite est d’origine bactérienne confirmée ou suspectée (fièvre persistante, sécrétions purulentes, absence d’amélioration à 72 h de traitement symptomatique). La durée de traitement est plus longue que pour les autres sinusites (3 à 6 semaines).
Combien de temps dure une sinusite sphénoïdale ?
Une forme virale se résout généralement en 10 à 14 jours avec un traitement symptomatique bien conduit (antalgiques + lavages nasaux + corticoïdes locaux). Les formes bactériennes nécessitent 3 à 6 semaines d’antibiothérapie. Si les symptômes persistent au-delà de 12 semaines, on parle de sinusite sphénoïdale chronique, qui peut nécessiter une intervention chirurgicale.
Le lavage de nez aide-t-il vraiment pour la sinusite sphénoïdale ?
Oui, avec une bonne technique. En inclinant la tête vers l’arrière (45°) et en utilisant un flacon pressurisé, la solution saline peut atteindre le récessus sphéno-ethmoïdal. Cela fluidifie les sécrétions bloquées à l’ostium de drainage du sinus sphénoïde. La revue Cochrane 2018 confirme l’efficacité des irrigations salines sur les symptômes sinusiens.
Quand faut-il opérer une sinusite sphénoïdale ?
La chirurgie endoscopique (sphénoïdotomie) est indiquée en cas de sinusite sphénoïdale chronique résistant au traitement médical, en cas de complication (abcès, atteinte intracrânienne), ou en cas de forme fongique (aspergillose chez l’immunodéprimé). L’opération se fait sous anesthésie générale par voie endonasale, sans cicatrice externe.