📌 En bref
Un saignement de nez (épistaxis) est souvent impressionnant mais rarement grave. 90 % des cas proviennent de la tache vasculaire de Kiesselbach, une zone très irriguée à l’avant du nez, facile à comprimer. Le bon geste : pencher la tête EN AVANT (pas en arrière), pincer les ailes du nez 10 minutes sans relâcher. Le lavage nasal doux au sérum physiologique, après cicatrisation, aide à prévenir les récidives en gardant la muqueuse hydratée.
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Un filet de sang qui coule du nez peut faire peur, surtout quand ça arrive à un enfant ou au beau milieu de la nuit. Pourtant, dans la très grande majorité des cas, un saignement de nez est bénin et s’arrête en quelques minutes avec les bons gestes. Le problème, c’est que la plupart des gens font exactement le contraire de ce qu’il faudrait — la tête en arrière, le coton dans la narine — et ça aggrave la situation. Ce guide fait le point sur les vraies causes, la bonne conduite à tenir et les signaux qui doivent t’envoyer aux urgences.
Épistaxis antérieure ou postérieure : pas la même histoire
Les médecins ORL distinguent deux types d’épistaxis selon l’origine du saignement dans la cavité nasale. Cette distinction change tout à la prise en charge.
| Critère | Épistaxis antérieure | Épistaxis postérieure |
|---|---|---|
| Fréquence | 90 % des cas | 10 % des cas |
| Origine | Tache vasculaire de Kiesselbach (cloison avant) | Artères sphénopalatines (fond de la fosse nasale) |
| Gravité | Bénigne dans 95 % des cas | Plus sévère, souvent chez les personnes âgées |
| Signe clinique | Sang s’écoule par une narine en avant | Sang dans les deux narines, parfois dans la gorge |
| Prise en charge | Compression nasale + gestes de 1er secours | Avis ORL ou urgences souvent nécessaire |
La bonne nouvelle : si le sang sort uniquement par une narine et s’écoule vers l’avant, tu es dans le cas le plus fréquent et le plus bénin. Les gestes ci-dessous sont faits pour toi.

Que faire quand le nez saigne : le protocole étape par étape
Ces gestes simples permettent d’arrêter 90 % des saignements nasaux en moins de 15 minutes, sans médicament ni consultation. Ce protocole est conforme aux recommandations de la Société Française d’ORL et de la HAS.
💡 Le geste clé à retenir : Pencher la tête légèrement EN AVANT (pas en arrière). Tête en arrière = le sang part dans la gorge, risque d’ingestion et d’étouffement chez l’enfant. Tête en avant = contrôle visuel du saignement + évite d’avaler le sang.
- Reste calme et assis — la position assise réduit la pression artérielle dans les vaisseaux du nez.
- Penche la tête légèrement en avant — laisser le sang s’écouler dans un mouchoir ou un récipient.
- Pince les ailes du nez (la partie molle, juste en dessous des os) entre le pouce et l’index. Ne pas pincer l’arête osseuse — ça ne sert à rien.
- Maintiens la pression 10 minutes sans relâcher — regarder l’heure. 10 minutes, c’est long, mais c’est la durée nécessaire pour que le caillot se forme. Relâcher trop tôt fait repartir le saignement.
- Crache doucement les caillots qui arrivent dans la bouche plutôt que les avaler (avaler le sang peut provoquer des nausées).
- Après l’arrêt : ne pas se moucher, ne pas se pencher en avant brusquement, éviter les efforts pendant 24 h.
⚠️ Appeler le 15 si : le saignement dure plus de 20 minutes malgré la compression correcte, le saignement est très abondant (trempe plusieurs mouchoirs en quelques minutes), la personne est sous anticoagulants (warfarine, rivaroxaban, etc.), ou s’il s’agit d’un nourrisson. Dans ces cas, ne pas attendre — une épistaxis postérieure sévère peut entraîner une perte de sang significative.
Les causes les plus fréquentes d’un saignement de nez
Comprendre la cause permet d’éviter les récidives. Voici les facteurs déclenchants classés par fréquence, des plus banals aux plus rares.
| Cause | Mécanisme | Signal d’alarme ? |
|---|---|---|
| Muqueuse sèche / air sec | Fragilisation des capillaires en hiver (chauffage, air froid) | Non |
| Traumatisme local (se gratter le nez) | Rupture directe des capillaires de Kiesselbach | Non |
| Rhinite / infection virale | Inflammation + mouchage violent fragilisent la muqueuse | Non |
| Corticoïdes nasaux en spray | Atrophie locale de la muqueuse à long terme (mauvaise technique) | Non (corriger technique) |
| Hypertension artérielle | Augmente la pression dans les vaisseaux nasaux | Oui — à surveiller |
| Anticoagulants / antiagrégants | Allongement du temps de saignement | Oui — contact médecin |
| Déviation de la cloison nasale | Flux d’air turbulent → dessèchement localisé | Si récidivant — ORL |
| Saignement unilatéral récidivant sans cause | Possible tumeur bénigne (fibrome) ou maligne (rare) | Oui — consultation ORL |

Ce qu’il ne faut surtout pas faire
Certains réflexes très répandus aggravent la situation. Les voici, avec l’explication médicale derrière chaque erreur.
⚠️ 3 erreurs à ne pas reproduire :
- Pencher la tête en arrière → le sang coule dans la gorge, s’ingère dans l’estomac (nausées, vomissements noirs) et peut partir dans les poumons (risque de fausse route chez l’enfant et le sujet âgé).
- Bourrer la narine avec du coton ou du papier → le coton sec colle au caillot, et l’arracher fait repartir le saignement. Si mèche indispensable, utiliser une compresse grasse (Vaseline) — et uniquement sur avis médical.
- Se moucher juste après l’arrêt → détache le caillot fraîchement formé. Attendre au minimum 2 à 4 heures après un épisode, idéalement 24 h.
Ces erreurs sont si fréquentes que la Société Française d’ORL (SFORL) les mentionne explicitement dans ses recommandations de bonne pratique. Ce n’est pas une question d’intuition — c’est physiologique.
Prévenir les récidives : le rôle du lavage de nez
Si tu fais des saignements de nez régulièrement (plus de 2 épisodes par mois), la cause la plus fréquente est une muqueuse nasale fragilisée et mal hydratée. C’est là que le lavage de nez entre en jeu.
La muqueuse nasale a besoin d’humidité pour rester intacte et bien irriguée. Quand l’air est sec (chauffage en hiver, climatisation l’été, altitude), les capillaires se fragilisent et saignent plus facilement au moindre contact. Un spray nasal à l’eau de mer ou un lavage isotonique quotidien aide à maintenir cette barrière.
💡 Technique après un épisode : Attendre 24 à 48 h après un saignement avant de reprendre le lavage nasal. Utiliser ensuite un spray doux isotonique (pas hypertonique — trop agressif sur muqueuse fragilisée). Vaporiser délicatement, sans pression excessive. Un Stérimar spray doux ou un Physiomer spray conviennent bien dans cette phase de récupération.
En cas de saignements liés à l’utilisation de corticoïdes nasaux en spray (Avamys, Nasonex, etc.), la cause est souvent une mauvaise technique d’administration : pointer le spray vers la cloison au lieu de la paroi latérale. Corriger l’angle résout souvent le problème sans arrêter le traitement.
Si tu souffres d’une déviation de la cloison nasale diagnostiquée, les saignements récurrents peuvent faire partie des symptômes — un avis ORL s’impose pour évaluer si une septoplastie peut aider.
Saignement de nez chez l’enfant : quelques différences
L’épistaxis de l’enfant est très fréquente entre 2 et 10 ans, souvent sans aucune pathologie sous-jacente. La tache de Kiesselbach est proportionnellement plus grande chez l’enfant, et les enfants ont tendance à se gratter le nez — deux facteurs qui expliquent la fréquence des épisodes.
Les gestes sont identiques à ceux de l’adulte, avec quelques adaptations pratiques :
- Garder l’enfant assis et calme (le rassurer permet de baisser la pression artérielle et de coopérer pour la compression).
- Ne pas utiliser de vasoconstrictions locales (Rhinofluimucil, Pernazène) sauf prescription médicale — risque de toxicité systémique chez le nourrisson.
- Un saignement de nez chez un enfant de moins de 2 ans doit toujours faire l’objet d’une consultation médicale rapide.
- Si les épisodes sont très fréquents (plusieurs fois par semaine), un avis ORL pédiatrique permet d’écarter une pathologie de la coagulation (maladie de Willebrand, etc.).
Le lavage de nez quotidien avec un sérum physiologique adapté est utile en prévention chez l’enfant sujet aux récidives, surtout en hiver.
Quand consulter un ORL ou aller aux urgences ?
La plupart des saignements de nez ne nécessitent aucune consultation. Mais certains signes doivent t’alerter et t’amener à demander un avis médical rapide.
| Situation | Que faire |
|---|---|
| Saignement > 20 min malgré compression | Appeler le 15 (SAMU) |
| Saignement très abondant (trempe plusieurs mouchoirs) | Urgences |
| Personne sous anticoagulants (warfarine, rivaroxaban…) | Urgences ou contact médecin traitant |
| Saignement par les deux narines ou dans la gorge | Urgences ORL |
| Traumatisme crânien ou facial associé | Urgences (appeler le 15) |
| Saignement chez nourrisson < 2 ans | Consultation pédiatrique |
| Épisodes récidivants (> 2/mois) sans cause évidente | Consultation ORL programmée |
| Saignement unilatéral récidivant + obstruction nasale croissante | Consultation ORL urgente (éliminer tumeur) |

Les traitements médicaux disponibles en cas de récidives
Quand les épisodes se répètent malgré les précautions, un ORL peut proposer plusieurs options selon la cause identifiée.
La cautérisation de la tache vasculaire est l’intervention la plus courante. Elle consiste à brûler chimiquement (nitrate d’argent) ou à électrocoaguler les petits vaisseaux fragiles de la zone de Kiesselbach sous anesthésie locale. C’est une procédure rapide, en cabinet ORL, efficace sur les épistaxis antérieures récidivantes.
En cas d’épistaxis postérieure sévère ne cédant pas à la compression, un méchage postérieur peut être posé en urgence à l’hôpital — une mèche est placée dans les fosses nasales et maintenue sous surveillance 48 à 72 heures. Dans les cas les plus complexes, une embolisation artérielle (radiologie interventionnelle) permet de bloquer les vaisseaux nourriciers.
Pour les patients sous anticoagulants avec saignements récurrents, un ajustement du traitement anticoagulant en lien avec le cardiologue ou l’hématologue peut être nécessaire — jamais l’arrêter soi-même sans avis médical. Voir aussi notre page sur polypose nasale si les épisodes s’accompagnent d’une diminution de l’odorat ou d’une obstruction nasale chronique.
💡 Astuce préventive au quotidien : En période de chauffage intensif (octobre-mars), penser à humidifier l’air de la chambre (hygrométrie cible : 45-55 %) et à appliquer un peu de vaseline pure (boîte pharmacie) à l’intérieur des narines le soir — ça lubrifie la muqueuse et réduit significativement les récidives d’épistaxis sèches chez les sujets à risque.
📚 Pour aller plus loin sur l’hygiène nasale
- Guide complet du lavage de nez — techniques, produits, fréquence
- Spray nasal à l’eau de mer — quel produit choisir après un saignement
- Déviation de la cloison nasale — lien avec les épistaxis récurrentes
- Polypose nasale — saignement + obstruction : à ne pas confondre
Questions fréquentes sur les saignements de nez
Pourquoi mon nez saigne-t-il surtout la nuit ou au réveil ?
Le saignement nocturne ou matinal est très caractéristique du dessèchement de la muqueuse par l’air sec du logement (chauffage, climatisation). En dormant, on ne respire plus par la bouche alternativement, et l’air froid passe directement par le nez toute la nuit — la muqueuse se déshydrate. Les capillaires fragiles saignent alors spontanément au moindre mouvement ou frottement dans l’oreiller. Un humidificateur d’air en chambre (cible 45-55 % d’hygrométrie) et quelques gouttes de sérum physiologique le soir peuvent régler le problème.
Puis-je utiliser un spray vasoconstricteur (Rhinofluimucil) pour arrêter le saignement ?
Oui, un vasoconstricteur nasal (xylométazoline, oxymétazoline) peut réduire le saignement en faisant se contracter les vaisseaux localement — c’est d’ailleurs utilisé par les ORL en urgence. Mais l’ANSM déconseille l’automédication prolongée (au-delà de 5 jours) et contre-indique ces produits chez l’enfant de moins de 15 ans et chez la femme enceinte. En première intention, la compression nasale manuelle reste le geste de choix : sans risque, efficace, et accessible. Réserve le vasoconstricteur à la suggestion explicite de ton médecin.
Le saignement de nez est-il un signe de tension artérielle élevée ?
L’hypertension artérielle est souvent citée comme cause de saignement de nez, mais la relation est plus nuancée. L’HTA peut aggraver un épisode et rendre l’arrêt plus difficile (pression plus élevée dans les vaisseaux), mais elle ne cause pas directement la rupture du vaisseau — c’est généralement un vaisseau déjà fragilisé qui cède. Si tu fais des épistaxis fréquentes ET que tu sais être hypertendu, assure-toi que ton traitement est bien équilibré. Si l’hypertension n’est pas connue et que les saignements reviennent, mesure ta tension : un bilan chez le médecin s’impose.
Combien de temps attendre avant de reprendre le lavage de nez après un saignement ?
Attends au minimum 24 heures, idéalement 48 heures après la fin complète du saignement. Le caillot qui s’est formé dans la tache vasculaire est fragile les premières heures — un lavage trop vigoureux ou trop tôt risque de le déloger et de relancer l’épisode. Quand tu reprends, utilise un spray isotonique doux (pas hypertonique), faible pression, en inclinant doucement la tête sur le côté. Évite les dispositifs à pression élevée (rinçage nasal type Neti Pot avec plusieurs centilitres) pendant 5 à 7 jours.
Un saignement de nez pendant la grossesse est-il normal ?
Oui, les épistaxis sont plus fréquentes pendant la grossesse — c’est la rhinite gravidique. Les changements hormonaux (surtout les œstrogènes) augmentent la vascularisation de la muqueuse nasale, qui devient plus gonflée et plus fragile. Ces saignements sont généralement bénins et sans danger pour le bébé. Les gestes à adopter sont les mêmes que pour tout adulte (tête en avant, compression). En revanche, évite strictement les vasoconstricteurs nasaux pendant la grossesse (contre-indication ANSM). Si les saignements sont abondants ou récurrents, parle-en à ta sage-femme ou ton obstétricien.
Existe-t-il des aliments ou médicaments qui favorisent les saignements de nez ?
Oui. Certains médicaments allongent le temps de saignement : l’aspirine et les anti-inflammatoires (ibuprofène) ont un effet antiagrégant plaquettaire, les anticoagulants (warfarine, héparine, AOD comme l’apixaban) réduisent la coagulation. Même l’huile de poisson à forte dose peut avoir cet effet. Du côté de l’alimentation, une carence en vitamine K (rare) ou en vitamine C peut fragiliser les capillaires. Si tu suis un traitement anticoagulant et fais des saignements de nez fréquents, c’est un signal à signaler à ton médecin — il peut ajuster la dose ou vérifier l’INR (international normalized ratio).