📌 En bref
L’anosmie (perte totale de l’odorat) touche environ 5 % de la population française, et l’hyposmie (perte partielle) concerne un quart des adultes de plus de 50 ans. Les causes sont nombreuses — infections virales, rhinite chronique, médicaments, traumatisme crânien ou vieillissement — et le traitement dépend entièrement de l’origine. Le lavage nasal est souvent la première étape, quel que soit le mécanisme en jeu.
Imaginer ne plus percevoir l’odeur du café le matin, des fleurs en été, ou du repas qui cuit — c’est le quotidien des personnes atteintes d’anosmie. Plus silencieuse que la perte de vision ou d’audition, la perte d’odorat reste pourtant un signal important que le corps envoie : elle peut signaler une simple inflammation nasale… ou parfois, un trouble neurologique à déceler tôt.
Ce guide fait le point sur toutes les causes de l’anosmie — pas seulement le COVID (déjà traité ici) — sur la façon de la diagnostiquer et sur les traitements disponibles selon l’origine.
Anosmie, hyposmie, parosmie : trois pertes distinctes
On regroupe souvent sous le terme « perte d’odorat » des réalités très différentes. Savoir distinguer ces trois formes aide à orienter la cause et le traitement.
| Terme | Définition | Perception des odeurs | Causes fréquentes |
|---|---|---|---|
| Anosmie | Perte totale | Aucune odeur perçue | Infection, traumatisme, congénital |
| Hyposmie | Perte partielle | Odeurs atténuées ou sélectives | Vieillissement, sinusite chronique |
| Parosmie | Distorsion olfactive | Odeurs déformées, souvent désagréables | Post-COVID, post-viral surtout |
| Anosmie congénitale | Présente dès la naissance | Jamais perçues (pas de conscience du manque) | Syndrome de Kallmann, mutations CNGA2 |
Si tu décris des odeurs déformées (café qui sent le plastique brûlé, fruits qui sentent la pourriture), tu es davantage dans le profil parosmie — un guide dédié t’expliquera mieux comment aborder ce cas spécifique.
Les 6 grandes causes de l’anosmie
L’odorat est un sens fragile, en contact direct avec l’air extérieur via la muqueuse olfactive, qui tapisse le haut de la cavité nasale. Cette exposition la rend vulnérable à de nombreux facteurs.
| Cause | Mécanisme | Fréquence | Réversibilité |
|---|---|---|---|
| Infection post-virale | Inflammation ou lésion des neurones olfactifs | Très fréquente (70-80 % des anosmies aiguës) | Souvent partielle à 6 mois ; smell training efficace |
| Rhinite chronique / sinusite | Inflammation chronique obstruant la fente olfactive | Très fréquente | Bonne si traitement ORL adapté + lavage nasal |
| Médicaments | Toxicité directe sur la muqueuse ou les nerfs | Modérée (souvent sous-diagnostiquée) | Bonne à l’arrêt du traitement (si possible) |
| Traumatisme crânien | Section des filets olfactifs traversant la lame criblée | 7-25 % des traumatismes crâniens (Costanzo 2021) | Partielle dans 30 % des cas ; souvent permanente |
| Vieillissement (presbyosmie) | Réduction progressive des récepteurs olfactifs | 25 % après 50 ans ; 62 % après 80 ans (Doty 2017) | Non réversible mais stimulable (smell training) |
| Maladies neurodégénératives | Dégénérescence précoce du bulbe olfactif | Signe précoce chez 80-90 % des patients Parkinson | Non réversible ; diagnostic précoce crucial |
Parmi les médicaments les plus documentés par l’ANSM pour provoquer une perte d’odorat : certains antibiotiques (clarithromycine, métronidazole), des anti-hypertenseurs (inhibiteurs de l’ECA), la chimiothérapie, certains antiparkinsoniens, et le zinc en forte dose (suppléments >40 mg/j pris prolongé).

Vieillissement et perte d’odorat : des chiffres qui surprennent
La presbyosmie est l’une des formes de perte d’odorat les plus communes, et pourtant parmi les moins identifiées. Richard Doty (University of Pennsylvania, NEJM 2017) a montré dans une large étude sur plus de 3 000 adultes américains que :
- 1 adulte sur 4 de plus de 50 ans présente une déficience olfactive mesurable
- 62 % des adultes de plus de 80 ans souffrent d’hyposmie ou d’anosmie
- La perte est progressive et souvent non consciente : le sujet adapte son alimentation sans savoir pourquoi
- L’hyposmie liée à l’âge est associée à une prise de poids et une dénutrition chez les personnes âgées (Nordin 2019)
En pratique, beaucoup de personnes âgées signalent « ne plus trouver les plats savoureux ». Ce n’est pas uniquement le goût qui est en cause — 80 % de ce qu’on perçoit comme saveur provient en réalité de l’odorat rétronasal. Quand l’odorat baisse, le plaisir gustatif suit.
Anosmie et maladies neurodégénératives : le signal précoce souvent manqué
C’est peut-être le lien le plus important à connaître : la perte d’odorat peut précéder de plusieurs années l’apparition des symptômes moteurs de la maladie de Parkinson. Et dans ce cas, chaque année compte.
⚠️ Signal d’alerte à ne pas ignorer
Une perte d’odorat sans cause ORL évidente chez un adulte de plus de 50 ans, associée à une fatigue chronique, des troubles du sommeil (notamment des comportements en sommeil paradoxal) ou une constipation inexpliquée, doit motiver une consultation neurologique. Ce tableau peut précéder de 2 à 5 ans les premiers tremblements parkinsoniens.
Les données sont solides :
- Maladie de Parkinson : 80 à 90 % des patients présentent une hyposmie ou anosmie, souvent 2 à 5 ans avant le diagnostic (Doty 2012, Haehner 2019). La perte olfactive est d’origine neurodégénérative (corps de Lewy dans les bulbes olfactifs).
- Maladie d’Alzheimer : hyposmie présente chez 40 à 60 % des patients aux stades précoces (Devanand 2015). Le test d’identification des odeurs (UPSIT) est désormais exploré comme outil de dépistage précoce.
- Démence à corps de Lewy, atrophie multisystématisée : la perte olfactive fait partie du tableau initial dans la plupart des cas.
Pour être clair : une anosmie isolée ne signifie pas Parkinson. La cause la plus fréquente reste l’infection virale. Mais dans le contexte d’un profil à risque, consulter tôt peut changer le pronostic.

Comment diagnostiquer une anosmie ?
Le diagnostic d’une perte d’odorat se fait en deux temps : d’abord évaluer l’intensité de la perte, ensuite en chercher la cause.
Évaluation de la fonction olfactive
Les deux tests standardisés utilisés en France et en Europe :
- Sniffin’ Sticks (référence européenne) : 16 feutres odorants, identification parmi 4 propositions. Score TDI (threshold, discrimination, identification). Utilisé en ORL et en neurologie.
- UPSIT (University of Pennsylvania Smell Identification Test) : 40 odeurs à gratter. Score de 0 à 40. Très utilisé dans les études sur la presbyosmie et Parkinson.
- Test à la vanille ou au café (cabinet généraliste) : dépistage rapide, non standardisé, mais utile pour orienter.
Bilan étiologique ORL
Une fois la perte d’odorat confirmée, le médecin ORL explore :
- Nasofibroscopie : visualisation directe de la muqueuse et de la fente olfactive (polypes, obstruction)
- Scanner des sinus (TDM) : recherche d’une sinusite chronique, d’une polypose nasale
- IRM cérébrale avec séquences volumétriques des bulbes olfactifs : réduction du volume du bulbe = argument pour une atteinte neurodégénérative
- Bilan allergologique si rhinite allergique suspectée (prick-tests)
Traitements selon la cause
Il n’existe pas de traitement universel de l’anosmie — la prise en charge dépend entièrement de l’origine identifiée. Voici l’approche par cause.
Anosmie par rhinite chronique ou sinusite
C’est le cas le plus traitable, et le lavage nasal est la pierre angulaire. En réduisant l’œdème et l’encombrement de la fente olfactive, il permet au flux odorant de nouveau d’atteindre les récepteurs.
💡 Astuce Nezclair
Selon Cochrane 2018 (Kassel et al., 405 patients), le lavage nasal salin isotonique réduit de 23 à 35 % les symptômes de congestion et d’obstruction nasale. Dans le cas d’une anosmie par obstruction, pratiquer le lavage nasal avant les corticoïdes topiques nasaux (SFORL 2021) améliore leur diffusion jusqu’à la muqueuse olfactive. Un spray isotonique comme Stérimar ou Physiomer est suffisant — inutile de prendre un spray hypertonique si l’objectif est de préparer la muqueuse pour les corticoïdes. Voir notre guide complet du lavage nasal pour la technique.
Les corticoïdes topiques nasaux (budésonide, mométasone, fluticasone) sont le traitement médicamenteux de première ligne — prescriptibles par un ORL ou un allergologue. Ils réduisent l’inflammation de la muqueuse sans les effets systémiques des corticoïdes oraux. En cas de sinusite chronique associée, une prise en charge plus globale (antibiotiques, chirurgie endoscopique dans certains cas) peut être nécessaire.
Anosmie post-virale : le smell training
Après une infection virale (COVID, grippe, rhinovirus), la rééducation olfactive — ou smell training — est la seule approche ayant fait ses preuves en études contrôlées. Dans l’essai de Hummel et al. (2009), 4 mois de smell training ont amélioré significativement le score TDI par rapport au groupe contrôle. L’étude de Shu et al. (2022) a montré une amélioration chez +15 % des patients à 6 mois.
Le principe : sentir chaque jour 4 odeurs repères (rose, eucalyptus, citron, clou de girofle) pendant 20 secondes chacune, matin et soir. Le processus stimule la neuroplasticité des voies olfactives et accélère la régénération des neurones récepteurs. Notre guide complet de rééducation olfactive détaille le protocole exact.
Anosmie médicamenteuse
La première étape est de signaler la perte d’odorat à ton médecin prescripteur. Parfois, un changement de molécule dans la même classe thérapeutique suffit à lever le symptôme. Ne jamais arrêter un traitement prescrit sans avis médical.
Presbyosmie et anosmie neurodégénérative
Ces formes ne sont pas réversibles à ce stade de la médecine. Le smell training peut légèrement ralentir la dégradation. L’enjeu est surtout de sécuriser l’alimentation (risque de consommer des aliments avariés sans le sentir) et de préserver la qualité de vie.
📚 Pour aller plus loin
- Perte d’odorat après le COVID — causes, durée et comment récupérer
- Parosmie — odeurs déformées après COVID ou infection
- Rééducation olfactive — retrouver l’odorat : protocole smell training complet
- Rhinite chronique — symptômes, types et traitements
- Sinusite chronique — causes, diagnostic et prise en charge
- Lavage de nez — guide complet adulte (quand, comment, quel matériel)
Questions fréquentes sur l’anosmie
Qu’est-ce que l’anosmie et en quoi diffère-t-elle de l’hyposmie ?
L’anosmie est la perte totale de l’odorat : aucune odeur n’est perçue. L’hyposmie est une perte partielle : les odeurs sont perçues mais atténuées ou sélectives. Les deux peuvent être temporaires (post-infectieuses) ou permanentes (traumatisme, neurodégénération). On parle de parosmie quand les odeurs sont distordues — une forme distincte qui touche surtout les personnes en récupération post-COVID.
L’anosmie peut-elle guérir seule ?
Ça dépend de la cause. Une anosmie post-virale guérit spontanément dans 70 à 80 % des cas en 6 semaines, mais peut persister au-delà. Le smell training accélère la récupération. Une anosmie par rhinite chronique ou sinusite nécessite un traitement ORL (lavage nasal, corticoïdes topiques). Les anosmies liées au vieillissement ou aux maladies neurodégénératives ne guérissent pas, mais peuvent être partiellement compensées.
L’anosmie est-elle un signe de Parkinson ?
Elle peut l’être, mais ce n’est pas automatique. Entre 80 et 90 % des patients Parkinson présentent une hyposmie ou anosmie, souvent 2 à 5 ans avant les premiers symptômes moteurs. Mais la cause la plus fréquente d’anosmie reste l’infection virale. Un contexte associant perte d’odorat inexpliquée + trouble du sommeil paradoxal + constipation chez un adulte de plus de 50 ans doit motiver une consultation neurologique précoce.
Quels médicaments peuvent provoquer une perte d’odorat ?
Plusieurs classes médicamenteuses sont documentées par l’ANSM : certains antibiotiques (clarithromycine, métronidazole, tétracyclines), les inhibiteurs de l’ECA (captopril, énalapril), la chimiothérapie, certains antiparkinsoniens, et le zinc en forte dose (>40 mg/j en prise prolongée). Si une prise de médicament coïncide avec la perte d’odorat, parler-en à ton médecin prescripteur — parfois un changement de molécule suffit.
Le lavage nasal aide-t-il à retrouver l’odorat ?
Oui, dans les anosmies d’origine nasale (rhinite chronique, sinusite, allergie). En réduisant l’œdème et en désobstruant la fente olfactive, le lavage nasal permet à nouveau aux molécules odorantes d’atteindre les récepteurs. Il est aussi recommandé en support du smell training post-viral (SFORL 2021). Il ne remplace pas un corticoïde topique prescrit, mais potentialise son action en désobstruant la muqueuse avant application.
Quand consulter un médecin pour une perte d’odorat ?
Consulter rapidement si : la perte est soudaine après un traumatisme crânien, si elle persiste plus de 6 semaines après une infection, si elle s’accompagne de céphalées, troubles visuels ou signes neurologiques, si elle survient sans rhume ni allergie identifiable chez un adulte de plus de 50 ans, ou si elle est associée à des troubles du sommeil, de la constipation ou des tremblements. Dans tous ces cas, l’avis d’un ORL ou d’un neurologue est indiqué.