Le saignement de nez — appelé épistaxis en termes médicaux — touche environ 60 % de la population au moins une fois dans sa vie, selon la Société Française d’Oto-Rhino-Laryngologie (SFO). Si l’image du filet de sang surprend toujours, la grande majorité de ces épisodes est bénigne et se résout en quelques minutes avec les bons réflexes. Cependant, certaines situations nécessitent une consultation médicale urgente. Ce guide, rédigé en accord avec les recommandations de l’Ameli.fr, de la Haute Autorité de Santé (HAS) et de la Société Française de Médecine d’Urgence (SFMU), vous donne les clés pour agir efficacement, identifier les signaux d’alarme et prévenir les récidives — notamment grâce à l’hygiène nasale par lavage salin.
Causes fréquentes d’un saignement de nez
L’épistaxis provient dans 90 % des cas de la tache vasculaire de Kiesselbach, une zone très vascularisée située sur la cloison nasale antérieure (partie avant du nez). Cette zone est particulièrement fragile et réagit à de nombreux facteurs.
| Catégorie | Causes principales |
|---|---|
| Locales (nez) | Air sec, grattage, mouchage fort, traumatisme, sinusite, muqueuse sèche, corps étranger (enfant) |
| Générales | Hypertension artérielle, troubles de la coagulation, prise d’anticoagulants ou d’aspirine, hémophilie |
| Environnementales | Altitude élevée, chauffage central, climatisation, allergies saisonnières, pollution atmosphérique |
| Iatrogènes (médicaments) | Corticoïdes nasaux mal appliqués, décongestionnants en spray prolongés, AINS |
L’air sec hivernal (intérieur chauffé) est l’un des déclencheurs les plus fréquents : il dessèche la muqueuse nasale, la fragilise et provoque de petites fissures vasculaires. Un nez sec est donc un facteur de risque majeur d’épistaxis récurrente.
Que faire immédiatement en cas de saignement de nez
Le protocole recommandé par la SFMU et repris par Ameli.fr est simple, mais deux erreurs restent très fréquentes : renverser la tête en arrière (ce qui fait avaler le sang) ou introduire un mouchoir dans la narine (ce qui empêche la pression efficace).
- Restez calme et asseyez-vous, légèrement penché en avant (jamais en arrière).
- Pincez la partie molle du nez (en dessous des os) entre le pouce et l’index, en appliquant une pression constante.
- Maintenez la pression 10 minutes sans relâcher. Respirez uniquement par la bouche.
- Crachotez discrètement le sang qui arrive en bouche — ne pas avaler (nausée possible).
Si le saignement ne cède pas après 10 minutes, recommencez une seconde fois. Si persistance au-delà de 20-30 minutes : consultez.
Ce qu’il ne faut pas faire : tête en arrière, tampon de coton profond, mouchage immédiat après l’arrêt du saignement, activité physique dans l’heure qui suit.

Quand consulter un médecin ou aller aux urgences
La majorité des saignements de nez se résolvent sans aide médicale. Mais certains signes imposent une consultation rapide, voire un appel au 15 (SAMU).
| Situation | Conduite à tenir |
|---|---|
| Saignement stoppé en moins de 10 min, épisode isolé | Pas de consultation nécessaire. Surveiller. |
| Récidives fréquentes (≥ 2/semaine) ou saignements persistants > 20 min | Consultation médecin traitant sous 48 h |
| Saignement chez un patient sous anticoagulants (warfarine, rivaroxaban…) | Consultation urgente / appel médecin traitant |
| Traumatisme crânien ou facial associé | Urgences hospitalières |
| ⚠️ URGENCES IMMÉDIATES — Appel 15 | Saignement abondant qui ne cède pas + malaise / chute de tension / pâleur intense / confusion |
| ⚠️ URGENCES — 15 ou 18 | Saignement bilatéral massif, crachat de sang, difficultés respiratoires |
La HAS recommande un bilan biologique (NFS, coagulation, numération plaquettaire) pour tout patient présentant des épistaxis récurrentes inexpliquées, afin d’écarter une pathologie hématologique sous-jacente.
Saignement de nez chez l’enfant : particularités
L’épistaxis est très fréquente chez les enfants de 2 à 10 ans — la tache de Kiesselbach est encore plus superficielle et fragile à cet âge. Elle est le plus souvent déclenchée par le grattage, les jeux actifs ou l’air sec. Les mêmes gestes s’appliquent : assis, penché en avant, pincement 10 minutes.
Points spécifiques chez l’enfant :
- Corps étranger dans le nez : un saignement unilatéral persistant avec odeur suspecte doit faire évoquer un corps étranger. Consulter sans délai — ne jamais tenter de l’extraire soi-même.
- Fréquence élevée avant la puberté : 30 % des enfants de moins de 5 ans présentent au moins un épisode par an (données ANSM). La grande majorité régresse spontanément après 12 ans.
- Bébé de moins de 6 mois : tout saignement nasal justifie une consultation médicale immédiate — voir aussi le nez qui coule chez le bébé.
En cas d’épistaxis récurrentes chez l’enfant, un ORL peut proposer une cautérisation chimique (nitrate d’argent) de la tache vasculaire — geste rapide et peu douloureux, recommandé par la SFO.

Saignement de nez récurrent : prévention par hygiène nasale
La première cause de récidive évitable est la sécheresse de la muqueuse nasale. En automne-hiver, le chauffage central fait chuter l’hygrométrie intérieure sous 30 %, très en dessous des 50-60 % idéaux pour la muqueuse. L’ANSM et la HAS recommandent le lavage régulier des fosses nasales au sérum physiologique ou à l’eau de mer isotonique comme mesure préventive de première ligne.
- Lavage nasal salin quotidien : 1 à 2 fois par jour en période sèche. En savoir plus : guide complet du lavage de nez.
- Spray isotonique (ex : Physiomer Isotonique) entre les lavages pour humidifier ponctuellement.
- Humidificateur d’air dans les pièces de vie et la chambre.
- Éviter les décongestionnants nasaux prolongés (vasoconstricteurs) : ils fragilisent la muqueuse sur la durée.
- Couper les ongles des enfants et les dissuader de se gratter le nez.
Pour les adultes souffrant de sinusite ou d’allergies, le lavage nasal réduit aussi l’inflammation locale qui fragilise les vaisseaux. Une revue Cochrane (2020) a confirmé l’efficacité des irrigations nasales salines sur la fréquence et l’intensité des épistaxis récurrentes en contexte de sécheresse muqueuse.
Questions fréquentes sur les saignements de nez
Comment arrêter un saignement de nez rapidement ?
Asseyez-vous, penchez la tête légèrement en avant (jamais en arrière), pincez la partie molle du nez entre le pouce et l’index et maintenez la pression pendant 10 minutes complètes sans relâcher. Respirez par la bouche. Ne mettez pas de coton dans la narine. Si le saignement persiste après 20 minutes ou si vous êtes sous anticoagulants, consultez.
Pourquoi saigne-t-on du nez en été ou par temps chaud ?
En été, la chaleur dilate les vaisseaux sanguins nasaux et la climatisation dessèche la muqueuse. La pratique sportive intense par forte chaleur augmente aussi la pression artérielle locale. Un spray salin isotonique utilisé régulièrement compense la sécheresse et réduit le risque d’épistaxis estivale.
Saignement de nez nocturne : faut-il s’inquiéter ?
Un saignement de nez pendant le sommeil est généralement bénin, causé par la sécheresse de la muqueuse en position allongée. Cependant, s’il se produit régulièrement la nuit, est abondant ou s’accompagne de fatigue inexpliquée, consultez votre médecin pour écarter une hypertension artérielle ou un trouble de la coagulation.
Peut-on faire un lavage de nez après un saignement ?
Non, pas immédiatement. Attendez au moins 24 heures après l’arrêt complet du saignement avant de reprendre les lavages nasaux. Un lavage trop précoce risque de déloger le caillot. En revanche, reprendre les lavages réguliers dès le lendemain aide à humidifier et régénérer la muqueuse.
Anticoagulants et saignement de nez : que faire ?
Si vous prenez des anticoagulants (warfarine, dabigatran, rivaroxaban, apixaban) ou de l’aspirine, appliquez le protocole standard (pincement 10 min) mais contactez votre médecin traitant ou le 15 si le saignement ne s’arrête pas en 20 minutes. Ne modifiez jamais votre traitement anticoagulant sans avis médical. La HAS recommande un contrôle de l’INR chez les patients sous AVK.
L’air sec peut-il provoquer des saignements de nez ?
Oui — c’est une des causes les plus fréquentes. Un air sec (hygrométrie inférieure à 35 %) déshydrate la couche de mucus protectrice de la muqueuse nasale, exposant les vaisseaux aux ruptures. Le chauffage central, la climatisation et les environnements en altitude sont les principaux responsables. La prévention passe par un humidificateur d’air et des sprays nasaux hydratants réguliers.